Gran Premio svizzero di letteratura
Soletta, 15.05.2026 — Discorso della consigliera federale Elisabeth Baume-Schneider in occasione della consegna dei Premi svizzeri di letteratura 2026 a Soletta. Fa stato la versione orale (in tedesco e francese).
Je salue chaleureusement et avec une vive admiration Corinne Desarzens, Grand Prix suisse de littérature 2026. Ce Grand prix s’inscrit dans une succession de distinctions que vous avez reçues au fil des années et qui – assemblées – disent votre parcours littéraire d’une richesse et d’une qualité hors du commun. Vous embarquez vos lectrices et vos lecteurs à bord de récits étonnants, singuliers, tant par les thèmes que vous explorez que par votre art de la narration: narration fragmentée, heurtée, aux changements de direction qui surprennent la lectrice et le lecteur mais sans jamais que le fil soit rompu. Et par votre style: virtuose, érudit, poétique.
Comme femme politique je me suis appuyée pour cet éloge sur Un Noël avec Winston. En tant que conseillère fédérale chargée de de la défense et de la promotion de la diversité linguistique de notre pays, je retiens La lune bouge lentement mais elle traverse la ville; votre ode aux langues étrangères et, bien sûr, aux rencontres. Comme ministre de la Culture qui vous remet ce jour le Grand prix suisse de littérature 2026, je célèbre votre dernier ouvrage paru, Le petit cheval tatar. En disant cela, je me dis aussitôt que ce n’est pas juste, que c’est triste et réducteur de mettre en relief l’un ou l’autre de vos livres car ils forment – tous ensemble et ceux à venir – un seul récit, une seule conversation. Conversation, récit, qui à l’instar de l’eau serpente, mais poursuit inexorablement son cours.
Comme l’eau d’une rivière
A parler de votre œuvre et à parler de vous, je me mets – comme elle, comme vous, comme l’eau d’une rivière qui a tendance à sortir de son lit – à divaguer; le cours de ma pensée devient méandres. Je m’autorise une digression scientifique pour parler des cours d’eau en tresses, ces cours d’eau présentant de nombreux chenaux à la position mouvante, formant des divisions ou connexions entre ses bras. Ces différents bras dessinent un réseau complexe et changeant rapidement de place, prenant une forme qui fait penser à une tresse. Entre les différents bras se dessinent des îles temporaires plus ou moins grandes constituées de sédiments arrachés aux montagnes et déposés lorsque la pente devient plus faible. Typiquement La Loire pour évoquer votre pays de naissance ou le Brahmapoutre pour évoquer votre goût des voyages. Quant au Rhône, qui relie vos deux pays, il n’est plus un cours d’eau à tresses.
C’est ainsi que – et je ne suis pas la seule – je ressens votre œuvre; comme une eau en mouvement, si réelle et si insaisissable. Toujours différente et toujours la même. Et dans le fil de mes propos, je reviens à la politique, je reviens à la première œuvre que j’ai citée: Un Noël avec Winston.
Le monde est un œuf frais
Vous avez écrit «Le monde est un œuf frais toujours prêt à se briser.» Cette métaphore est belle et effrayante. Efficace, dirait d’aucun. Pour ma part, je la trouve porteuse d’un fragile espoir, que je partage et qui est au cœur de mon engagement politique, à savoir que l’être humain, que les communautés humaines trouveront encore et toujours la force de s’arrêter avant la cassure définitive. Et les temps d’aujourd’hui semblent être porteurs du contraire. Sans nuance. Violemment.
En Europe, au Moyen-Orient et aussi sur le continent africain si et trop souvent oublié, la guerre et la destruction sont à l’œuvre. Les populations civiles paient l’inacceptable tribut de la guerre. Et c’est dans ces moments-là que Winston Churchill – dont vous avez fait une biographie déroutante et merveilleuse – donne de l’espoir. Il a démontré que, même dans les heures les plus bouleversantes, sombres, il existe un chemin vers la sortie de la guerre, puis vers la paix. Il faut pour cela des hommes et des femmes exceptionnels, entièrement dédiés à la recherche de solutions au nom du seul bien commun. Ce qui ouvre naturellement la question vertigineuse à laquelle je me garderai bien de répondre: ces êtres d’exception, existent-ils en ce moment?
À l’échelle de notre pays, la situation politique est – je pense – peu paisible, elle devient fragile, voire inquiétante. La beauté et la force de notre démocratie directe permettent à quasiment tous les sujets d’être proposés par le peuple et d’être ensuite débattus, puis tranchés par le corps électoral. C’est bien et c’est sain. Cependant, les sujets qui touchent au vivre-ensemble, à la cohésion du pays et au rapport de la Suisse avec ses voisins, et plus largement avec le monde, pourraient aller jusqu’à la fracture du pays, à «casser l’œuf» que vous évoquez.
«Wir riefen Arbeitskräfte, und es kamen Menschen»
Zwar ist es noch nicht soweit, doch der Moment rückt näher: Am 14. Juni stimmen wir über die Volksinitiative der SVP ab, die die ständige Wohnbevölkerung der Schweiz begrenzen will: «Keine 10-Millionen-Schweiz». Die Initiative würde vielleicht nicht gerade das Land zerstören, das nicht – aber sie würde unseren Schwung bremsen und den Zusammenhalt brechen.
Max Frisch hat seinerzeit die Herausforderungen der Zusammengehörigkeit in einer Gesellschaft treffend auf den Punkt gebracht: «Wir riefen Arbeitskräfte, und es kamen Menschen.» Auch heute sind unser Wohlstand, unser Gesundheitssystem, unsere Sozialversicherungen, unsere Sicherheit – kurz: unser Gesellschaftsprojekt – eng mit dem Prinzip der Personenfreizügigkeit verbunden. Es liegt an uns, auf dieses Gemeinwohl zu achten.
Je reviens à vous Corinne Desarzens pour vous dire à quel point votre travail artistique est nécessaire, à quel point l’existence des artistes et de leurs œuvres est nécessaire à la vie de chaque individu, à l’espérance et à la survie du collectif. Corinne Desarzens, je suis particulièrement honorée de vous remettre le Grand prix suisse de littérature 2026, pour lequel je vous transmets mes plus chaleureuses, solidaires et sincères félicitations.
